Dans un immeuble en propriété par étages, les volets et stores donnant sur la rue posent une question juridique particulière : ils relèvent souvent de la partie exclusive de chaque copropriétaire, mais leur apparence reste soumise à des règles collectives strictes.
Le droit exclusif ne couvre pas l'apparence extérieure
Un copropriétaire ne peut pas changer unilatéralement la couleur ou le matériau de ses fenêtres, ni installer un store qui dénature la façade, sans l'accord de l'assemblée des copropriétaires — même si ces éléments sont juridiquement dans sa partie exclusive. Le droit exclusif ne s'étend en effet pas aux parties qui déterminent la forme ou l'aspect du bâtiment.
L'obligation d'entretien, avec une contrainte de conformité
Un point souvent mal compris : un copropriétaire a l'obligation de remplacer son store usé ou déchiré, ce n'est pas facultatif. Mais il doit se conformer au genre et à la couleur décidés en commun par les copropriétaires — impossible de profiter du remplacement pour changer unilatéralement l'aspect esthétique, même si le produit d'origine n'est plus disponible.
Remplacer un store à l'identique (même couleur, même genre) relève de l'entretien et ne nécessite généralement pas de vote spécifique. Changer de couleur ou de type de protection est une autre affaire : cela requiert l'accord préalable de l'assemblée, même pour un seul lot.
Les immeubles des années 70, et le volet qu'on ne retrouve plus
Le cas typique dans la région : un immeuble de Payerne ou de Moudon construit entre 1965 et 1980, une façade avec vingt fenêtres identiques, et des volets roulants tous posés le même mois.
Trente ans plus tard, ils lâchent aussi tous à peu près en même temps. Le premier propriétaire qui doit changer le sien découvre alors deux choses. La première, c'est que le modèle d'origine n'existe plus. La seconde, c'est que l'aluminium d'aujourd'hui n'a pas exactement la même teinte que celui de 1975, même en commandant la même référence de couleur.
D'où une question à poser tôt à l'assemblée : est-ce qu'on remplace un volet, ou est-ce qu'on décide maintenant du modèle que prendront les vingt suivants ? La deuxième réponse coûte plus cher au premier propriétaire et beaucoup moins cher à tous les autres.
La motorisation, un sujet à part
Motoriser un volet roulant en copropriété ajoute une couche. Le moteur lui-même est dans votre lot, mais il a besoin de courant, et le câble doit passer quelque part.
Tant que l'alimentation vient de votre appartement et que rien ne change à l'extérieur, la question reste simple. Dès qu'il faut percer une façade, passer dans une gaine commune ou poser un boîtier visible depuis la rue, on touche à du commun. Le sujet retourne à l'assemblée.
Une motorisation radio, sans fil neuf tiré dans les parties communes, règle souvent le problème avant même qu'il se pose. C'est un point à évoquer avec le poseur dès la visite, pas au moment de percer.
La marche à suivre, dans l'ordre
- Relisez le règlement d'administration et d'utilisation, et le tableau de répartition des parts. Le genre et la couleur imposés y figurent souvent.
- Photographiez l'existant — la façade entière et le volet concerné, de près. C'est ce qui permet à un poseur de dire si le modèle se retrouve.
- Demandez un devis écrit mentionnant le modèle, la teinte et le fait qu'il s'agit d'un remplacement à l'identique, s'il l'est.
- Écrivez à l'administrateur avant de commander, même quand vous pensez rester dans l'entretien pur. Un courriel daté vaut mieux qu'une conversation dans l'entrée.
- Passez par l'ordre du jour dès qu'il y a un changement visible depuis la rue. Une décision votée protège aussi celui qui l'a demandée.
Cinq étapes, quelques semaines. C'est beaucoup moins long que de reposer un volet dans la bonne couleur à ses frais. Et une remarque de bon sens : prévenez aussi le voisin du dessous. Une pose de volet demande parfois d'accéder à son balcon, et une porte fermée un mardi matin coûte un déplacement.
Le règlement de PPE, votre premier réflexe
Avant de commander un remplacement, mieux vaut consulter le règlement d'administration et d'utilisation de votre PPE — c'est généralement là que sont précisés le genre et la couleur imposés, ainsi que la procédure exacte à suivre en cas de doute sur la conformité d'un produit envisagé.
Si le règlement ne dit rien, cela ne vous libère pas : le principe du respect de l'aspect extérieur s'applique de toute façon. En cas de doute réel sur ce que vous avez le droit de faire, la bonne adresse est un notaire ou un juriste, pas un poseur. Nous répondons volontiers sur le produit et sur la pose ; sur le droit, nous vous renvoyons vers quelqu'un dont c'est le métier.
Et si tout l'immeuble changeait en une fois ?
Quand plusieurs volets d'une même façade arrivent en fin de vie la même année, il vaut la peine de poser la question du chantier groupé à l'assemblée.
Trois raisons pratiques. L'échafaudage ou la nacelle se paie une fois au lieu de six. Le poseur travaille en série, ce qui se voit sur le prix unitaire. Et la teinte est rigoureusement la même partout, ce qui règle définitivement la question de l'uniformité.
L'inconvénient est réel aussi : il faut que la PPE ait les fonds, ou qu'elle décide un appel. C'est justement le genre de sujet qui se prépare une assemblée à l'avance, avec deux ou trois devis sur la table.
Vous devez remplacer un store en PPE et voulez vérifier la conformité ?
Questions fréquentes
Puis-je choisir librement la couleur de mes volets en PPE ?
Non. Même si les volets ou stores sont dans votre partie exclusive, un copropriétaire ne peut pas changer unilatéralement leur couleur ou leur matériau sans l'accord de l'assemblée, car cela affecte l'aspect extérieur uniforme du bâtiment.
Suis-je obligé de remplacer un store usé ou déchiré ?
Oui, un copropriétaire a l'obligation de remplacer son store usé ou déchiré, mais doit se conformer au genre et à la couleur décidés collectivement par les copropriétaires, pas à son propre choix esthétique.
Que se passe-t-il si le règlement de PPE n'impose pas d'uniformité ?
Le droit exclusif d'un copropriétaire ne s'étend de toute façon pas aux éléments qui déterminent la forme ou l'aspect du bâtiment. Même sans clause d'uniformité explicite, un changement dénaturant la façade reste soumis à l'accord de l'assemblée.
Puis-je motoriser mon volet roulant sans passer par l'assemblée ?
Tant que l'alimentation vient de votre appartement et que rien ne change à l'extérieur, la question reste simple. Dès qu'il faut percer une façade, passer dans une gaine commune ou poser un boîtier visible depuis la rue, on touche aux parties communes et le sujet retourne à l'assemblée. Une motorisation radio évite souvent le problème.
Que faire si le modèle d'origine n'existe plus ?
C'est le cas courant dans les immeubles construits entre 1965 et 1980 : le profil a disparu des catalogues et les teintes actuelles ne correspondent plus exactement. La question à porter à l'assemblée n'est alors plus « quel volet pour ce lot », mais « quel modèle prendront les prochains remplacements de la façade ».
Vaut-il la peine de remplacer toute une façade en une fois ?
Souvent oui, quand plusieurs volets arrivent en fin de vie la même année : l'échafaudage se paie une seule fois, le poseur travaille en série, et la teinte est identique partout, ce qui règle la question de l'uniformité. Encore faut-il que la copropriété ait les fonds : le sujet se prépare une assemblée à l'avance, devis en main.
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